Hélène de Beaumanoir, baronne de Rostrenen à 4 ans

Fille unique de Toussaint de Beaumanoir, Hélène, née en 1586, est devenue, à l’âge de quatre ans, baronne du Pont et de Rostrenen, vicomtesse du Faou, vicomtesse du Besso et dame d’une infinité de châtellenies.

Sa vie ne fut qu’une suite d’infortunes.

On la marie le 16 janvier 1599, à l’âge de 13 ans, à René de Tournemine, baron de la Hunaudaye, à qui son père l’avait déjà « promise » dès ses 4 ans. Elle ne trouva pas le bonheur dans cette union. « en 1604 , la dite dame de Beaumanoir, se disant estre très-maltraitée par le sieur baron de la Hunaudaye, son mary, et estre en péril de sa vie auprès de luy, se retira en son chasteau de Pont-l’Abbé où elle fut incontinent assiégée par ledit sieur de la Hunaudaye »

Elle pria son tuteur, le sieur de Molac, de l’assister. De Dinan, distant du Pont-l’Abbé de plus de 45 lieues, il vint à cheval « accompagné de 5 à 600 hommes de pied » mais à 7 lieues du Pont, il apprit qu’Hélène s’était « soumise » à son mari.

Comme celui-ci continuait ses mauvais traitements, le sieur de Molac reçut Hélène dans son château de Dinan, où elle fut nourrie et entretenue pendant deux années. Le château de la Hunaudaye n’étant distant de celui de Dinan que de 5 lieues, il fit doubler les gardes du château et avoit prés de sa personne tousjours 15 ou 20 gentilhommes et marchoit tousjours en cet état lorsqu’il allait par la campagne crainte de rencontrer ledit sieur de la Hunaudaye qui marchait tousjours pareillement accompagné ».

Ce fut son cousin Toussaint de Rosmadeuc qui la vengea .

Le baron de Molac raconte cet épisode :

« Ce seigneur entra en querelle avec messire de Tournemine qui avait épousé sa cousine Hellene de Beaumanoir . Elle se plaignait d’estre maltraitée. Enfin, ils se rencontrèrent au pays de Ruis et quoyque le sieur de la Hunaudaye fust beaucoup plus accompagné, le combat ne laissa d’estre opiniâtre auquel ledit seigneur Guémadeuc fust tué sur le lieu après avoir donné un coup de pistolet dans le genou audit sieur de la Hunaudaye duquel coup il mourut après avoir languy plus d’un an ».

Hélène se remaria le 12 août 1609 à Charles de Cossé Brissac, marquis d’Acigné avec lequel elle fut encore plus malheureuse…

Le marquis avait d’étranges manies. Ainsi, quand il traversait une forêt, il se faisait avertir qu’une noble dame était captive dans sa tour et il faisait semblant de voler à son secours.

Il n’hésita pas à prendre pour épouse Hélène, jeune et riche veuve. Mais, à peine marié, il se livra à de folles prodigalités, causant presque leur ruine.
Pour fuir ses violences, Hélène se réfugia dans sa baronnie de Rostrenen, non à Rostrenen même, le château n’ayant pas été relevé de ses ruines, (en effet, suite à la Ligue où Mercoeur le fit assiéger et après 4 sièges soutenus pendant 3 ans, il fut brûlé en 1593 en l’espace de 7 jours entiers), mais en son manoir des Isles en Kergrist-Moëlou, non loin de la forteresse gallo-romaine de Crec’h Moëlou.

Le fief des Isles était rattaché à la baronnie de Rostrenen. Cette seigneurie consistait en maisons « manoir noble et métairie, jardins, terres, prés, pâtures et moulin ».

( en 1771, cette métairie était réduite à l’emplacement et les vestiges du château)

Les registres de Rostrenen contiennent plusieurs actes où elle figure comme marraine d’enfants du pays durant son séjour, en 1616 et 1617.

Après la mort de son tuteur, en 1621, le marquis d’Acigné redoubla de mauvais traitements envers elle, la séquestrant dans des places fortes, la forçant à s’engager dans des aliénations et des dettes, faisant abattre les arbres de ses terres, la menaçant même de mort.

Elle trouva le moyen de faire porter ses plaintes au roi Louis XIII qui la fit mettre en liberté. En 1628, le marquis était banni du royaume par un arrêt du Parlement de Paris.

En 1629, Hélène « se sentant travaillée de continuelles maladies causées par les violences exercées sur elle et misères, afflictions et incommodités qu’elle a reçues depuis 10 à 12 ans, en çà et aussi pour la peine et sollicitude qu’elle a employé à la poursuite du dit arrêt pour le temps de 3 ans entiers, de sorte qu’à présent, elle ne se trouve plus capable de continuer la poursuite des affaires et procès qui lui restent sur les bras »

Et, pour mener une vie plus tranquille et chercher le repos pour le reste de sa vie,

Elle laisse le soin de ses affaires à Dame Françoise de Guémadeuc, sa nièce et héritière, femme de sir de Pontcourlay, neveu du cardinal de Richelieu.

En 1636, Hélène se retire en son château de Limoëlan (canton de Broons) Elle y décède la même année et est inhumée le 10 août dans la chapelle des Religieuses de Sainte Catherine de Dinan.


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