Paul Bunouf l’ancien sacristain , un personnage singulier d’un autre temps

Paul Bunouf (photo collection privée Le Baquer)

Paul Bunouf (1921–1999 ), un ancien sacristain de la collégiale, était un personnagede la vie locale. Sous son côté revêche, se cachait un homme attachant aux multiples facettes . Les témoignages d’anciens habitants du quartier qui étaient encore enfants (y compris des enfants de chœur )  dans les années 60-70, permettent de retracer un portrait coloré de Paul Bunouf.

Une famille venue d’Ille-et-Vilaine

Charles Bunouf était arrivé à Rostrenen comme gendarme à cheval en 1800. Au moment de sa retraite, il épouse une Rostrenoise , cabaretière au 6, rue étroite (ancienne bijouterie Auguste Raitif ). L’un de leurs 5 enfants, Jean-François s’installe comme maréchal-ferrant, d’abord, place du centre non loin de la collégiale,puis à Corlay. L’un de ses 10 enfants, Paul Joseph épouse Marie-Augustine Moulin dont le père, originaire de la Manche, est ferblantier au 26, rue étroite à Rostrenen dans une grande maison de caractère datant du début du XVIIIe siècle avec une extension à l’arrière et un grand potager. Paul Joseph, commerçant et employé de pharmacie et son épouse s’installent chez les beaux parents. Aujourd’hui, cette vieille demeure porte les n° 21 et n° 23 de la rue de Verdun, près de la Maison Boulangère. C’est là que naîtront leurs deux fils. Paul, le futur sacristain qui reprendra le commerce et Jean qui travaillera dans une entreprise de maçonnerie à Lorient.

Le sacristain de la collégiale

Tous les jours, matin et soir, pendant plusieurs dizaines d’années, quel que soit le temps, Paul Bunouf, qui était sacristain , se rendait, en claudicant à la collégiale pour en ouvrir et en fermer les portes et pour sonner l’angelus. Paul souffrait,  probablement d’une malformation congénitale  non définie ou des séquelles d’une poliomyélite touchant principalement son membre inférieur gauche. Il aurait voulu être prêtre,semble-t-il, mais son infirmité fut la cause d’une grande frustration et peut expliquer son mode de vie assez monastique.D’autre part, il était allergique à tous les changements du monde et plus encore de l’Eglise. Un ancien enfant de chœur se souvient du sacristain qui habitait dans la même rue : « Nous avons passé quelques années en tant qu’enfants de chœur, sous son autorité et soumis à sa sévérité, particulièrement, lorsque nos chahuts et nos rires étouffés excédaient sa patience. Et lorsqu’il claquait sa main sur son missel, nous étions vite remis à l’ordre ».

Interdire l’accès à la tour de la collégiale aux gamins de la ville était plus compliqué. Ceux-ci savaient qu’un double des clés de la tour se trouvait au-dessus du confessionnal à droite de l’entrée. En faisant la courte échelle, ils récupéraient la clé et grimpaient jusqu’à la chambre des cloches pour s’amuser , découvrir le paysage et dénicher corneilles et pigeons à la belle saison. Mais les enfants redoutaient l’arrivée du sacristain qui provoquait le sauve qui peut .

Reconnaissable à sa tenue vestimentaire

Habituellement, Paul était coiffé d’un béret, portait une veste grise complètement élimée ou un autre vêtement tout rapiécé, recouvert d’un grand ciré vert avec une capuche et des lunettes qu’il utilisait parfois pour protéger ses yeux . Il était toujours chaussé de bottes en caoutchouc . Il assistait à toutes les cérémonies qui se déroulaient à la collégiale. Le dimanche, il distribuait leur rôle à chacun des enfants de choeur dont il assurait, préalablement la formation. Le 15 août, fête de Notre-Dame , c’était le jour de Paul : « ll était superbe dans un costume sombre rayé, avec cravate sur chemise bleue. Ce jour là , pendant les cérémonies,, nous étions fiers de lui  » rapporte un autre ancien enfant de chœur.

L’historien chroniqueur

Excellent élève durant sa scolarité à Campostal , Paul savait communiquer sa passion pour l’histoire de Rostrenen. Il connaissait le nom de tous les barons dans l’ordre et leur histoire. Sous le pseudonyme de Jean Dutertre ( gens du tertre ), il a publié une intéressante « Histoire de Rostrenen » en 1971 et il a alimenté une précieuse chronique dans le bulletin paroissial entre 1977 et 1979. D’autre part, il possédait un grand nombre de manuscrits. Que sont-ils devenus ? Et ses autres livres et sa collection de monnaies anciennes ?

Paul veillait de près sur le patrimoine de l’église. Par exemple, il a sauvé de la vente le grand lutrin qui se trouve aujourd’hui dans le transept devant le chœur. Dans les années 1950, le sol du chœur de la collégiale fut renforcé et un parquet neuf fut posé. Paul insista vainement pour que des fouilles soient effectuées à la recherche d’une crypte qui se trouvait , selon lui, sous le choeur. Il fut frustré par ce refus

Commerçant à la suite de ses parents

Paul Bunouf était estimé dans le quartier. Aux beaux jours, après le déjeuner, il rejoignait volontiers les voisins commerçants et artisans , à l’endroit le plus ensoleillé de la rue, pour un temps de partage des nouvelles . En effet, Paul était non seulement sacristain, mais également commerçant à la suite de ses parents. Il tenait un bureau tabac et un magasin où l’on trouvait de tout : des chaussures, de la quincaillerie , « j’ai connu Paul Bunouf, quand j’étais gamin, dans les années 1965 . Je suis entré, plusieurs fois, chez lui pour acheter des pétards, des pétards à mèche, des cartes postales  », raconte un septuagénaire. D’ailleurs, Paul était artificier officiellement agréé. C’est lui qui tirait tous les feux d’artifice de Rostrenen et Plouguernével. Son magasin était connu, aussi, pour sa réserve de cigares et l’on venait de très loin pour en acheter parce que l’hygrométrie de la boutique était propice à leur conservation. Les anciens y achetaient le tabac gris à rouler intéressant parce qu’il était humide et brûlait plus lentement . Paul était également concessionnaire des chaussures Parabout. « Elles sont très chères et coûtent plus de 400€ la paire, mais elles sont inusables et durent 20 ans » témoigne un ancien client,

Une clochette reliée à un fil à travers le magasin signalait l’arrivée d’un client et réveillait le chien ratier. Celui-ci se précipitait au devant du visiteur aussi rapidement que son maître en traînant à son cou, une bonne dizaine de mètres de chaîne que l’on entendait se dérouler bruyamment jusqu’au seul espace libre restant entre la rangée de boîtes de chaussures et les paquets de journaux entassés au fil des ans.

Farces et attrapes

Autant Paul pouvait être autoritaire, autant il savait être un blagueur sympathique et entraîner les enfants du quartier dans ses farces . En 1938, Paul avait 17 ans et possédait déjà de très sérieuses connaissances dans le domaine des artifices. C’est pourquoi, les gamins l’avaient sollicité pour faire une farce à Auguste Boncors, (Ouest-France du 04-10-2023 ), «  le plus grand poète lyrique de tous les temps » qui habitait au 1, rue étroite et les Bunouf au n°6. En effet, les gamins observaient ce personnage fascinant quand , le matin, tout nu, il prenait une douche froide, dans son jardin. L’idée c’était de le surprendre dans ses ablutions matinales. Avec un tuyau de gouttière et une charge d’artifice mise à feu, il s’agissait d’effrayer Auguste Boncors qui était tout sauf un peureux. La charge fut tirée, mais on n’a jamais su les réactions du poète, car tous avaient préféré fuir au plus vite .

« Dans les années 60, les jours de marché, on fixait un paquet de tabac gris bourré de papier à un fil de pêche à travers la rue, de la porte de Paul à celle des Jégou qui habitaient en face » rapporte un autre gamin de l’époque . Paul tenait l’une des extrémités du fil et l’un des fils Jégou l’autre extrémité. Le paquet de tabac reposait sur le sol au milieu de la chaussée. «  Mon rôle consistait à signaler l’arrivée de piétons susceptibles d’être intéressés par le leurre, qui culbutait devant le passant et échappait à sa main », Et de poursuivre :« En été, lorsque nous étions suffisamment nombreux à lui rendre visite, Paul aimait offrir un verre de cidre et faire à l’un d’entre nous, le coup du verre baveur. ». C’était un verre à perforations invisibles pour farces. Quand on le soulevait pour boire, le cidre coulait sur le menton et sur les vêtements.

La vitrine de Noël

Dans les années 60-70, Paul, qui était un excellent bricoleur, montait une superbe vitrine de Noël, en utilisant des objets mobiles devant lesquels les gamins restaient scotchés.Et pas seulement les enfants ! Il y avait, en particulier, un petit train électrique qui tournait dans un univers de petites structures allumées.

Texte de 2025 : Auguste Le Méhauté

Paul Bunouf est né le 6 mars 1921, à Rostrenen, il est décédé le 25 décembre 1999. Son livre a été imprimé par l’imprimerie Centre-Bretagne créée par Martial Pezennec, à Rostrenen, rue de la Marne.


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