1906 : inventaire de la Collégiale ou les prisoniers de la tour

La loi de séparation des églises et de l’état date de 1905. C’est à cette époque que les parlementaires émettent l’idée de procéder à l’inventaire des établissements de culte dans toute la France.

A Rostrenen, les opérations de l’inventaire des biens mobiliers et immobiliers dont la fabrique de l’église paroissiale à la propriété ou la jouissance, seront ouvertes le jeudi 8 mars 1906, à sept heures du matin.

Ladite notification a été faite par nous à la personne de Monsieur le Curé

Signé : le Jeune.

Mais les énements ne se sont pas déroulés aussi simplement. En effet, trois jours avant la date prévue, le 5 mars, M. Yaouanc, receveur des domaines, voulut faire discrètement un « un pré-inventaire ». L’église était alors gardée par un groupe de gardiens bénévoles qui s’y relayaient. Pour les éviter, M. Yaouanc choisit l’heure du déjeuner pendant que la collégiale était déserte et demanda à son ami l’horloger G. de l’accompagner. Celui-ci, tous les jours, à midi, était chargé de remonter l’horloge du clocher et, pour cela, en possédait la clé. Pendant cette opération, Yaouanc ferait son inventaire. Nos deux compères se trouvent dans la tour. Tout paraît bien se passer quand un des gardiens ( Monsieur B. disent les uns, ou le bedeau, M. Bellec, venu sonner l’Angelus, disent les autres), entre dans l’église et, entendant parler dans le clocher, en barricade la porte à l’aide de chaises et de bancs.

Trente-six petits couplets, chantés sur l’air des « cloches de la ville d’ Ys » de Théodore Botrel, relatent avec humour cet événement.

Que faire ? Appeler «  au secours » ? Sonner les cloches ? 
Pendant ce temps-là dans Rostrenen :
Partout dînent les mioches,
Le dîner chacun laisse,
Les mamans, les papas La place se remplit
Mais, qu’est ce bruit de cloches !

Le flot grandit sans cesse
Le tocsin ou le glas ? Près de l’église on rit 
Ce n’est pas l’inventaire,
Le jour en est fixé.
Ce n’est pas ordinaire
Le peuple est affolé !
Enfin, on voit venir le maire Monsieur Henry
M’sieu l’maire, lui, rouspète

Et dans tout ce grabuge
Va quérir l’serrurier ( dit-il)

Lui seul ne sourit pas
……... Les gendarmes, le juge
Il danse, il vocifère

Chacun rit aux éclats !
Son visage est en feu !
Qu’on trouve des échelles
Le Maire, d’un coup d’échelle, enfonce un vitrail.
Les secours s’organisent
Tant pis pour les dégâts
par le vitrail arrive
le cortège officiel
Le maire, au télégraphe
Accourant prestement
De sa belle orthographe
Y jette un monument

Pendant la période des inventaires, un groupe de gardiens de la collègiale de Rostrenen : Messieurs Ambroise Barbier, Louis Barbier, Dallic, fils, Dallic, père, Ollivrain, Y. Berthelot, Bouché (notaire), ainsi que « Thérèse Petit Jour » Marie Mélou.

Télégraphe du sous-préfet au préfet : « Receveur enregistrement Rostrenen visitait avec un ami l’église, étant monté dans la tour ils y furent enfermés par clergé maire rostrenen dut réquisitionner juge de paix et gendarmerie et faire enfoncer un vitrail receveur et ami purent alors descendre à l’aide d’échelle »

Le jour J, le 8 mars 1906, M. Yaouanc se présente à sept heures du matin, à la porte principale de l’église paroissiale de Rostrenen, où l’attendaient M. Péchoux, curé doyen, assisté de Messieurs Ollivier, député, Cazin d’Honincton, conseiller général et les membres du Conseil de Fabrique.

Il lui expose le but de sa mission et le prie de le laisser passer pour procéder à l’inventaire de l’église. « Monsieur le curé m’ayant prié d’entendre la lecture de sa protestation, je lui ai nettement demandé si son intention était de me permettre de faire l’inventaire de la fabrique de l’église de Rostrenen. Monsieur le curé m’a répondu « je ne peux, ni ne veux vous laisser passer ». Sur ces paroles, je n’ai pas insisté et me suis retiré accompagné de quelques coups de sifflets »
Après ces péripéties, ce n’est que le 20 novembre 1906, qu’eut lieu «  l’inventaire »

Un autre chant, de dix-neuf couplets, intitulé « chant des gardiens de l’Eglise de Rostrenen » sur l’air du cantique « nous voulons Dieu » a également été composé.


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